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Emmanuel Todd . Qui est Charlie ?
08/05/2015 19:12
https://youtu.be/BYYgBRAv8OQ
Quatre mois après les manifestations post-attentats, l’historien et démographe Emmanuel Todd publie « Qui est Charlie ? ». Un livre réquisitoire contre une France pétrie de bonne conscience, qui a fait sécession de son monde populaire.
Il reste encore quelques écriteaux « Je suis Charlie » qui jaunissent aux murs des rédactions. Sur les réseaux sociaux, des crayons à papier décorent encore çà et là les profils Facebook. Quatre mois après les tueries de janvier, tout se passe pourtant comme si rien ne s’était passé, comme si le réservoir de l’indignation avait flambé d’un coup dans le noir de la nuit française, sans laisser aucune empreinte. Ni nouveau pacte républicain, ni fraternité régénérée, ni main tendue à une fraction de la jeunesse des quartiers socialement et mentalement désorbitée. Une pure orgie émotionnelle, infertile politiquement, et dont la seule efficacité tangible aura été de demeurer aujourd’hui encore spectralement menaçante pour ceux qui refusèrent de « marcher » – à tous les sens du terme.
C’est le moment qu’a choisi l’historien et démographe Emmanuel Todd pour publier « Qui est Charlie ? » (Seuil), réquisitoire terrible contre la France de François Hollande. Un texte écrit dans la fièvre, en trente jours à peine. Son angle d’attaque, particulièrement original, consiste à observer l’origine régionale et sociopolitique des manifestants du 11 janvier. Une fois encore, Todd fait parler les cartes et les statistiques pour comprendre, sous les bons sentiments brandis, la signification profonde de ce qui restera comme le plus important rassemblement de l’histoire moderne du pays. Et ce qu’il voit n’est pas destiné à plaire. Ce qu’il voit, c’est un épisode de « fausse conscience » (Marx) d’une ampleur inouïe. Ce qu’il voit, ce sont des millions de somnambules se précipiter derrière un président escorté par tous les représentants de l’oligarchie mondiale, pour la défense du droit inconditionnel à piétiner Mahomet, « personnage central d’un groupe faible et discriminé ». Ce qu’il voit, c’est un mensonge d’unanimisme aussi, car, ce jour-là, le monde populaire n’était pas Charlie, les jeunes de banlieue, qu’ils fussent musulmans ou non, n’étaient pas Charlie, les ouvriers de province n’étaient pas Charlie.
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